Apprenez à canaliser 
votre colère au travail

Elle a mauvaise réputation, elle fait pourtant partie de notre arsenal de survie. Plutôt que de la réfréner, mieux vaut s’exercer à l’exprimer de façon constructive.

Vous pensez que la colère est mauvaise conseillère ? Vous avez tort. Elle fait partie de nos six émotions primaires, avec la joie, la tristesse, la peur, la surprise et le dégoût, qui sont le fondement des comportements humains. Il serait donc irréaliste de décréter un matin : «Dorénavant, je ne serai plus jamais en colère.» En fait, il est même important de ne pas s’interdire ce sentiment : vous vous priveriez de ses avantages.

A force de réfréner sa colère, la motivation chute, on ressent un malaise, peut-être même physique, et on n’a plus aucune envie d’aller travailler. La colère aurait donc du bon ? Oui ! Elle permet d’oser, de poser des limites ou de formuler des exigences. Grâce à cette énergie, on peut trouver la force de dire non ou de demander à son patron l’augmentation promise il y a trop longtemps. Mais attention à ne pas la confondre avec la rage ou la fureur, ni à succomber à la violence dirigée contre l’autre ou contre soi-même.

Ne la redoutez pas, mais prenez conscience de ses effets…

La colère, c’est bon pour la carrière ! C’est une équipe de chercheurs de la Harvard Medical School qui le dit. D’après ses travaux, ceux qui intériorisent leurs frustrations auraient trois fois plus de chances de heurter le plafond de verre que ceux qui trouvent un moyen d’exprimer leur ressenti. Les gens assimilent la colère à une émotion terriblement dangereuse et sont encouragés à pratiquer la pensée positive. Nous trouvons cette approche dévalorisante et dommageable dans la mesure où elle consiste à nier la réalité. Reste que notre colère est rarement bien canalisée. Souvent, on se laisse embarquer par elle et on en perd la raison. L’interlocuteur en face de soi ne compte plus. On risque alors d’abîmer ses relations, de bloquer le dialogue, de gâcher l’image qu’on renvoie
de soi, voire de commettre une faute professionnelle.

Décelez-en les premiers signes pour en jauger l’intensité…

Pour éviter ce genre de débordement, vous devez vous mettre à l’écoute de votre colère. Elle se manifeste souvent physiquement : certains vont serrer les mâchoires, fermer les poings, retrousser les lèvres, devenir rouge, sentir leur cœur battre plus vite ou une bouffée de chaleur les envahir ; d’autres se mettront à hausser la voix ou se recroquevilleront, muscles tendus, prêts à lâcher les chiens. Mais avant d’en arriver là, il y a de la marge. Les colériques ne savent pas percevoir les signes avant-coureurs de la colère. Ils passent sans transition d’un état “normal” à un état de fureur. Or, à ne pas identifier la montée de la colère, on risque de revenir à l’âge des cavernes et de sortir le gourdin pour se défendre, ce qui est rarement une réponse adéquate de nos jours. Afin de reconnaître un accès de colère et le gérer, mesurez l’intensité sur une échelle de 0 à 10, allant du sentiment d’impatience, ou d’irritation passagère, à la rage et à la fureur en passant par l’énervement. Objectif : faire baisser la tension. Il faut réagir vite, parce que la colère est une émotion brutale et rapide.

Sachez-vous ménager des sas de décompression…

Commencez par verbaliser votre émotion avec des phrases du type : «Je suis légèrement agacé» ; «Je me sens amer» ou «Je vais tout casser». Cette simple énonciation permet de se distancier de l’émotion et donc de commencer à la relativiser. Il a été démontré grâce à l’imagerie cérébrale que vous activez ainsi votre cortex préfrontal et les neurones de la pensée. Dans le même temps, vous réduisez l’activité du cerveau limbique et de l’amygdale, qui commande les réflexes de défense face à une agression. En résumé, votre raison reprend le dessus et vous êtes en mesure de décider comment exprimer cette colère en fonction des enjeux et de la personne qui vous fait face. Vous risquez moins de sortir le gourdin. Nous vous conseillons de coucher ces mots par écrit et de conserver sur soi un petit carnet pour se défouler en cas de besoin. Pendant une réunion ou même un entretien, notez ce que vous ressentez quand une personne commence à vous énerver… Ne vous bridez pas, cela permet d’évacuer la colère et pourrait même vous éviter un ulcère.

Les techniques de respiration profondes, telles qu’on les enseigne en sophrologie ou en yoga, sont également d’un grand secours lorsque l’orage menace. Fermez les yeux et inspirez à fond en gonflant d’abord l’abdomen, puis les poumons. Restez quelques instants en rétention d’air, poumons pleins, puis expirez jusqu’à les vider complètement. Ensuite, évaluez les enjeux. Demandez-vous si vous voulez investir de l’énergie et du temps dans cette situation. Les choses sont-elles suffisamment importantes pour vouloir les changer ? La réponse est souvent négative. Dans ces cas-là, inutile de vous battre. Toutefois, si vous sentez que vous allez bientôt perdre le contrôle de la situation, opérez un retrait stratégique : quittez l’endroit où vous vous trouvez et, si possible, sortez à l’air libre respirer quelques minutes. En agissant ainsi, vous ne faites pas preuve de lâcheté, vous vous donnez au contraire les moyens de faire face efficacement à une situation stressante.

Ne répondez jamais à chaud à un e-mail agressif ou déplaisant…

Quand on reçoit un message désagréable, l’envie d’y répondre illico en sortant l’artillerie lourde est quasi irrépressible. S’accorder alors un délai de réflexion est salvateur. N’oubliez pas que les écrits restent et qu’ils pourraient un jour se retourner contre vous. Nous vous préconisons dans ce cas de rédiger une réponse à son correspondant en vidant le champ «destinataire» sans l’envoyer et de laisser reposer le message au moins une journée. Relisez ensuite à froid votre correspondance. Il y a des chances pour que vous réalisiez que vous étiez prêt à tuer une mouche avec une bombe atomique. Mieux vaut attaquer le problème à la racine. Il se situe bien souvent, dans votre perception des choses extérieures. Chacun se met en colère en fonction de la façon dont il identifie les causes d’un événement. L’intensité de la colère est à la hauteur de l’intentionnalité que vous mettez dans ce qui vous contrarie. L’exemple de la tasse de café renversée qui vous éclabousse est très parlant. Quelle serait votre réaction si vous vous disiez «C’est un geste maladroit, ça peut arriver à tout le monde», plutôt que «Quel imbécile, je suis sûr qu’il l’a fait exprès pour tâcher ma chemise» ? Entre la première et la seconde option, le degré de contrariété sera décuplé. Pour vous épargner des débordements, évitez donc de prêter des intentions négatives à autrui.

Edifiez un environnement propice à la sérénité…

Développez autour de vous un environnement positif. Il faut fuir les personnes toxiques, toutes celles qui créent de l’inquiétude chez vous. Evitez par ailleurs de nourrir votre colère devant des jeux vidéo nerveusement éprouvants, des films violents ou des émissions de radio qui sapent le moral au réveil. Au contraire, privilégiez les rencontres avec les personnes qui vous mettent de bonne humeur et vous font rire, ayez des activités qui vous procurent du bien-être. C’est une question de conditionnement émotionnel. « Arroser les bonnes graines». Gardez votre calme et osez-vous affirmer au besoin par la menace. Savoir apprivoiser sa colère ne revient cependant pas à éviter toute situation conflictuelle, et encore moins à tendre la joue gauche quand on vous frappe sur la droite. Il s’agit plutôt de savoir s’imposer sans s’énerver ni crier. Pour cela, vous devez avoir des arguments à faire valoir. Si vous souhaitez être remplacé pendant vos vacances, par exemple, et que votre patron s’y oppose, expliquez-lui que sa décision risque de peser sur vos collègues et, à terme, de remettre en cause la rentabilité de votre unité. Parlez calmement, mais fermement. Vous pouvez éventuellement avoir recours à la menace : ce serait une arme plus efficace et moins risquée que la colère pour parvenir à vos fins.

Source : Management