Les trucs des top managers pour concilier vie pro et vie perso

Plus la pression monte, plus le besoin de s’épanouir dans sa vie privée devient vital. Ces dirigeants nous révèlent leurs astuces pour préserver leur petit coin de ciel bleu.

Obsession des temps modernes, la recher­che d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est devenue un enjeu majeur pour les fem­mes comme pour les hom­mes. Quête im­possible ? Peut-être pas. Mais difficile, sans aucun doute, tant les situations que nous vivons sont changeantes, complexes et exigean­tes – de fait, 40% des cadres estiment que leur situation de ce point de vue s’est dégradée depuis cinq ans (sondage Ifop, mai 2012).

Déléguer, prioriser, décloisonner.

C’est en voyant, lors du dernier Women’s Forum à Deauville, la directrice de la communication stratégique de PepsiCo allaiter son bébé sur le stand de la marque que nous avons eu l’idée de demander à un panel de cadres dirigeants et de chefs d’entreprise leurs conseils pour relever le défi. Deux hom­mes et trois femmes se sont prêtés au jeu. Il en est ressorti trois grandes idées : d’abord, on doit être prêt à déléguer, ce qui signifie faire confiance à ses collaborateurs. Ensuite, il faut savoir prioriser, c’est-à-dire distinguer ce qui est très important de ce qui l’est moins. Enfin, au lieu de tirer un rideau de fer entre les deux sphères, il vaut parfois mieux ouvrir en grand les fenêtres pour s’octroyer davantage de souplesse et de réactivité. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que nos objets connectés nous incitent à faire ? Grâce à eux, nous avons acquis le don d’ubiquité. Mais n’hési­t­ons pas non plus à passer en mode avion pour souffler quand la pression se fait trop forte. Cinq cadres dirigeants nous livrent leurs astuces pour mieux concilier vie pro et vie perso.

“Mon mari me suit dans tous mes déplacements avec notre bébé” (Krista Pilot, Directrice de la communication stratégique chez PepsiCo)

Quand j’ai appris que j’étais enceinte de notre premier enfant, mon mari, Ian, et moi-même sommes tombés d’accord sur le fait qu’à sa naissance l’un de nous devrait lever le pied pour s’en occuper – et qu’il était mieux placé que moi pour cela. Ian a donc d’abord travaillé à mi-temps avant de lâcher totalement son job pour devenir père au foyer. Il s’occupe aujourd’hui à plein temps de nos deux enfants, à New York. Comme je suis en train d’allaiter notre fille, Ian vient régulièrement me rendre visite au bureau avec elle. Il m’accompagne aussi dans mes voyages d’affaires avec les enfants. Et des voyages, il y en a beaucoup : en seulement dix mois, nous sommes allés au Brésil, en Suède, en Inde, en Birmanie, en France et dans plusieurs Etats américains. Parfois, Ian fait les choses de manière peu orthodoxe – par exemple, il habille bizarrement notre fille –, mais je ne dis rien. Il ne s’immisce pas dans mon travail chez Pepsi, alors pourquoi le ferais-je avec le sien ?”

“Je bloque un jour par semaine sans rendez-vous professionnel” (Philippe Castagnac, CEO de Mazars)

Je respecte quelques règles simples : j’évite autant que possible les dîners non obligatoires, je préfère les vidéoconférences aux déplacements et je réserve, tous les week-ends, du temps pour ma famille. Mon épouse, qui est diplômée de l’école du Louvre, a toujours une œuvre ou un musée à me faire découvrir. Ces escapades culturelles sont très importantes car elles me permettent de véritablement déconnecter. Par ailleurs, je bloque chaque semaine un jour dans mon agenda : défense d’y caler un rendez-vous professionnel ! Mon assistante connaît cette philosophie et s’y tient. J’en profite pour approfondir des dossiers ou voir mes plus proches collaborateurs. C’est essentiel pour ne pas se laisser gouverner par l’urgence ni entretenir le sentiment d’une course sans fin. Dernier point : les vacances sont les vacances ! Je ne prends pas (ou très peu) d’appels et je consulte ma boîte e-mail avec parcimonie afin de pouvoir me concentrer sur d’autres choses, comme ma famille ou le golf.”

“Surtout, ne faites pas comme moi : je n’ai jamais su lâcher prise” (Nicolas Walsh, vice-président d'AIG)

Mon conseil à tous ceux qui veulent concilier vie professionnelle et vie personnelle ? Ne faites pas comme moi ! J’ai consacré mon existence au travail, au détriment de ma vie privée. J’ai divorcé plusieurs fois, j’ai eu des enfants de différents mariages… Je suis un exemple de la vieille approche : celle qui partait du principe que pour réussir sa carrière il était nécessaire de sacrifier tout le reste. Pour le bien de l’humanité, j’espère vraiment que les choses vont changer ! Fort heureusement, la nouvelle génération pourrait bien faire bouger les lignes : j’observe qu’elle est nettement plus demandeuse d’un équilibre entre carrière et vie privée. Pour tenter de concilier au mieux ces deux domaines, vous devez avoir confiance dans les gens qui travaillent pour vous. Vous devez être capable de dire : «Non, je ne suis pas disponible.» Mais savoir déléguer n’est pas suffisant en soi : vous devez aussi apprendre à lâcher la bride et à aller voir ailleurs. Pour moi, c’est là que ça coince le plus : j’ai toujours eu du mal à sortir de la boucle !”

“Je ne dresse pas de murs entre mes rôles professionnel, familial et associatif”, (Stéphanie Cardot, P-DG de To Do Today)

Cela fait longtemps que j’ai abandonné l’idée d’équilibre pour adopter celle d’intégration. Il s’agit d’un modèle plus flexible et plus réactif qui consiste à ne pas cloisonner les sphères de sa vie. Par exemple, je m’autorise à travailler le dimanche, mais aussi à m’absenter un mercredi après-midi pour assister au spectacle de danse de ma fille. Je maintiens une vraie perméabilité entre mes rôles professionnel, personnel et militant, et je veille à cultiver ces trois terrains. Certes, il y a un dommage collatéral : à la fin de la semaine, il reste très peu de temps pour moi. Mais c’est un mode de vie que j’ai choisi et qui fonctionne d’autant mieux qu’en tant que chef d’entreprise, je jouis d’une certaine liberté. Et puis, j’ai deux hommes formidables dans ma vie : mon mari, mais aussi mon assistant, qui gère ma vie pro et ma vie perso avec la même pugnacité.”

 

 

 

 

 

“Il n’y a pas que le boulot et la famille, pensez à vous !” (Jeanne Boillet, Associée chez EY)

 

La vraie question, pour moi, consiste à se demander : qu’est-ce qui reste pour soi, après la famille et le travail ? A mon sens, l’équilibre individuel se situe dans cet espace, et il est plus difficile à trouver pour les femmes, car elles sont moins individualistes. Personnellement, je fais deux à trois heures de VTT tous les dimanches et je m’offre une semaine de ski de randonnée par saison. Après, je repars pour l’année ! D’une manière générale, il est essentiel que vous fassiez des choses dans lesquelles vous vous sentez bien et que vous trouviez des solutions pour ne pas aller au bureau la boule au ventre. De mon côté, j’ai toujours beaucoup travaillé, mais j’ai eu la chance d’avoir un écosystème qui fonctionne.”

 

 

 

 

Source : Management